Une charmante petite bourgade de deux-cent-trente mille habitants bombardée par ces salauds de rosbeefs pendant la guerre de 39/45. On m’avait pourtant dit que c’était ces enfoirés de boschs qui, par erreur et par temps couvert, avaient eux-mêmes détruit leur ville pensant s’attaquer à Colmar.
A quarante cinq minutes à l’Est de Milhüsa, on passe le Rhin et la « frontière » franco allemande, qui en a effectivement l’allure aux lendemains d’attentats. L’architecture est moins chargée, moins de colombages, moins de poutres, moins de géraniums, plus de fenêtres, plus de TRAM et de vélos, des Wurst et des Brötschen, nous sommes à Freiburg Im Breisgau. Fameuse petite bourgade de deux-cent-trente mille âmes détruite par ces cons d’allemands, qui, je viens de vérifier, se sont effectivement plantés de cible. Les rosbeefs ont terminé le boulot quelques années plus tard, en 1944.
On a eu le malheur de tomber sur des copropriétaires français, Bernadette, une quinquagénaire originaire de Toulouse, qui a grandi à Nîmes, ou vice versa, aussi belle que maigre, et aussi maigre que tendue. Son mec, un toubib teuton du même âge, un grand échalas qui n’a que la peau sur les os, pourrait être un cas intéressant à étudier en fac de psycho ou sociologie. Bernadette attend que son mari rentre du cabinet, le repas est servi, il mange, parle fort, surtout français, car Bernie n’aime pas les langues, puis saute dans la piscine, tout ça en caressant le bras de sa femme. Sont mariés depuis 25 ans, ça pourrait en attendrir certains, moi, ça me donne des frissons. Elle fait chétive et fragile la Bernie, comparée à lui, Karl, qui a engueulé Solveig parce qu’elle faisait pipi dans le jardin. Une fois ses deux longueurs d’exécutées, il se rince dans le pédiluve, se sèche, s’habille et repart au boulot. J’imagine qu’il laisse son assiette sur la table, avec les bouts de gras et l’os de sa côte de porc sur le côté, un reste de la sauce de sa vinaigrette dans le fond de sa gamelle et des miettes de pain éparpillées sur la nappe et un peu sous sa chaise. Il rentre tard le soir, après ses visites à domicile. Le vase dans l’entrée est toujours propre, l’eau et les fleurs sont régulièrement changées. L’entrée est impeccable, les pompes sont alignées sous le banc, les manteaux suspendus juste au-dessus. Autoritaire, désagréable, macho et condescendant, il peut aussi être carrément glauque, notamment quand il enlace sa fille de 25 ans dans la piscine.
Nous n’avons pour l’instant que très peu croisé nos voisins de la cave, Oliver et Carla. Il est allemand, un dermato sexagénaire qui en fait tout juste quarante – « c’est parce qu’il fout rien », raconte Gretchen, la belle mère -, Carla, avocate en droit familial, est moitié italienne, moitié locale. S’ils ne nous avaient pas accueillis comme ils l’ont fait, peut être qu’on aurait continué à visiter des appartements. Oliver nous a filé leur code wifi en attendant que Telkom nous installe la ligne ; si nous sommes dans le jardin, ils nous invitent à venir partager leur repas ou nous proposent un café. S’ils décident de faire une brioche, on peut s’attendre à en retrouver quelques tranches enveloppées dans une serviette sur le pas de notre porte. Oliver m’a assuré que si j’avais envie d’un break, leurs deux filles, Kristina et Petra se feraient un plaisir de garder les enfants.
Je me suis bien cassée à changer tous les noms, sait-on jamais ; Karl est tellement obtus, serait il capable de me coller un procès au cul, suffirait qu’il cherche la définition de psychorigide, tomberait il sur cette description.