RDC comme République Démocratique du Congo

On a décidé ce matin d’aller se balader dans le quartier. L’aube avait été fraîche, les vitres à l’intérieur de la maison ruisselaient d’eau condensée. Cette matinée d’automne était agréable comparée à d’autres qui sont tout crachin et brouillard, celle ci était rousse et lumineuse, les arbres un peu pâlots pour certains voire en fin de vie, le soleil quant à lui est en soins palliatifs depuis un mois, c’est l’automne, on peut pas lui en demander plus alors qu’il bosse à plein temps dans l’hémisphère nord. On a décidé d’aller se balader ce matin dans le quartier parce qu’on y est bien et ça peut ne plus durer très longtemps.

Les baraques sont magnifiques, trois d’entre elles me donnent l’impression d’être en Provence, jusqu’à ce que j’aperçoive les bagnoles des proprios. Peut être pour qu’on les voit bien, elles ne sont pas dans le garage, elles restent exposées dans la cour. Madame, si elle est jeune et a des enfants, conduit la Cayenne ou le SUV Q3, si elle n’a plus d’enfants à accompagner à l’école, elle fait dans le cabriolet intérieur vachette, et quand elle a des marguerites de cimetière qui lui couvrent les mains, c’est au volant d’un Kompressor qu’elle prend la route. Monsieur, lui, il lui faut l’Audi coupée pour aller au boulot, et il évolue comme Madame, jusqu’à, éventuellement s’offrir une Jaguar voire une Lamborghini pour les plus fortunés. Et ce matin, quand on a décidé d’aller se balader dans le quartier, j’ai vraiment pensé, alors qu’on passait devant un des trois mas provençal, que les proprios devaient être des cons finis.

Il est d’usage de coller sur le pare brise arrière, une série de pictogrammes qui représentent la famille à bord du véhicule. Généralement composée de quatre ou cinq personnes et d’un animal de compagnie, on y voit tout d’abord le père, qui tient le plus souvent une saucisse piquée sur une fourchette, la mère est en talons et porte des sacs de shopping, l’aîné joue au foot, la cadette est en tutu et enfin un clébard ou un chat clôturent le cortège. Rien de bien exceptionnel ou d’original. Quelques fois, c’est la totalité de la vitre qui est recouverte, avec un message : ‘my church community’. Pourquoi pas, ça ne gêne pas plus la vision qu’une caravane.

Il est aussi d’usage, si on a quelques rands à dépenser, de personnaliser sa plaque d’immatriculation. Des messages à déchiffrer qui occupent quand on attend que le feu passe au vert et qui en disent long sur le chauffeur. Certains sont ordinaires ou à la limite du vulgaire comme SUPRDAD ou BG8OOBS, d’autres, comme notre voisin, suent la vanité et l’orgueil : CEO 1410. CEO comme Chief Executive Officer, l’équivalent de notre PDG francophone. 1410 comme 14 octobre, 14h10 ou tout simplement parce que le CEO 1 était déjà pris et que c’était trop réducteur d’être seulement CEO 2. Par dépit, il s’est vu attribuer le numéro 1410. Il n’en a plus dormi des nuits entières.

Tout en regardant sa plaque, je pensais plus à un RDC qu’à un PDG, RDC comme Roi Des Cons. Une 104 immatriculée PDG 1, ça fait sourire, une Audi immatriculée CEO 1410, ça donne envie de la dépasser à fond la caisse au volant d’une Dacia immatriculée CEO 1.

Ca tombe bien, la Dacia, je l’ai déjà.

 

C’est meilleur réchauffé

Sauf la salade verte et le gaspacho qui sont bien meilleurs froids. Les rumeurs aussi, c’est pas génial quand c’est du réchauffé, d’ailleurs, ça faisait un petit moment que je ne les écoutais plus que d’une oreille. Et voilà que mon rêve de petite fille semble se réaliser.

J’ai toujours voulu prendre des bains de lait avec Cléopâtre, je m’imaginais jouer du tambourin au bord de sa piscine, visiter les pyramides avec Astérix et Obélix et plus récemment, serrer la pince à Abdel Fattah al-Sissi. Ah, l’Egypte, le Caire et ses 16 millions d’habitants, cette ville aussi mythique que polluée devrait nous accueillir en fanfare incessamment sous peu. On a fait notre temps en Afrique du Sud, on a tout vu, tout essayé. On a vu les girafes, de près, qui mangeaient des carottes épluchées et coupées en rondelles, on a vu les Townships, de loin, on a écouté des monologues racistes entre Afrikaners, on a échangé sur l’apartheid avec des métis, on a distribué de la soupe aux SDF, on a cru avoir chopé la tuberculose, on s’est pelé le jonc en hiver, on a bien profité du cours du rand, du fynbos, de la plage et de la montagne. On a presque pris racine ici, il est grand temps de passer à autre chose.

Snourra s’est mis au boulot, différemment. Il cherche sur LinkedIn, postule à tour de bras, l’OCDE, l’IEA, l’ONU même, beaucoup de postes, peu d’élus, à Munich, Copenhague, Paris, même, Dublin, l’Europe en particulier. L’Egypte, c’est super en dessin animé, comme le Kenya, c’est génial en vacances et Alep, ce qui a de mieux, mais seulement en savon.

Quant à moi, je suis heureuse, car mon oncle Victor s’est trouvé une petite femme – les nom et titre ont été modifiés à la demande de la personne concernée. Alors le voir heureux, me comble de joie. C’est terriblement égoïste comme sentiment, je me suis récemment rendu compte combien le bonheur des personnes qui nous sont chères peut influencer notre humeur. Positivement. Mais il est plus courant que le malheur des uns fasse le bonheur des autres. C’est pas moi qui l’dit.